Le 11 mars 1793, à Machecoul, puis le lendemain à Saint-Florent-le-Vieil, des paysans refusent le tirage au sort qui doit les envoyer aux armées de la République. En quelques jours, la révolte gagne tout le sud de la Loire. La guerre de Vendée vient de commencer : trois ans de guerre civile entre « Bleus » républicains et « Blancs » royalistes, et l'un des épisodes les plus meurtriers de la Révolution. Voici ses causes, ses grandes dates, ses chefs et les lieux où tu peux encore marcher sur ses traces.
Quelles sont les causes de la guerre de Vendée ?
La Vendée de 1789 n'est pas hostile à la Révolution. Les cahiers de doléances y réclament, comme ailleurs, moins d'impôts et plus de justice. La rupture vient ensuite, en trois temps.
- La question religieuse. En 1790, la Constitution civile du clergé impose aux prêtres un serment. Dans l'Ouest, beaucoup refusent. Les curés « réfractaires » sont chassés, remplacés par des prêtres « jureurs » que les paroisses boudent.
- La déception économique. Les biens du clergé vendus comme biens nationaux profitent surtout aux bourgeois des villes, pas aux métayers des campagnes.
- La levée des 300 000 hommes. Fin février 1793, la République en guerre contre l'Europe exige des soldats. Le tirage au sort épargne les fonctionnaires et les gardes nationaux, souvent citadins et républicains. Pour les paysans, c'est l'étincelle.
L'insurrection de mars 1793
Les 11 et 12 mars 1793, les rassemblements pour le tirage au sort tournent à l'émeute. À Machecoul, dans le pays de Retz, des républicains sont massacrés. À Saint-Florent-le-Vieil, les jeunes gens chassent les gardes nationaux. Le 13 mars, le colporteur Jacques Cathelineau prend Jallais puis Chemillé avec quelques centaines d'hommes.
Les insurgés vont chercher des chefs chez les nobles du pays, souvent d'anciens officiers : Bonchamps, d'Elbée, La Rochejaquelein, Lescure. L'ancien garde-chasse Stofflet s'impose aussi. Au printemps, ces bandes forment l'Armée catholique et royale, qui porte le Sacré-Cœur sur la poitrine. Plus à l'ouest, dans le Marais breton, Charette mène sa propre armée.
Où s'étend la « Vendée militaire » ?
La révolte vendéenne ne se limite pas au département de la Vendée. La « Vendée militaire » couvre aussi le sud de la Loire-Atlantique, les Mauges au sud-ouest du Maine-et-Loire et le nord des Deux-Sèvres. Au nord de la Loire, un autre soulèvement éclate au même moment : la chouannerie, à ne pas confondre avec les Chouans du Maine et de Bretagne.
La révolte vendéenne en dates
| Date | Événement | Lieu |
|---|---|---|
| 11-12 mars 1793 | Début de l'insurrection | Machecoul, Saint-Florent-le-Vieil |
| 9 juin 1793 | Prise de Saumur | Saumur |
| 29 juin 1793 | Échec de l'attaque, Cathelineau blessé à mort | Nantes |
| 19 septembre 1793 | Victoire sur l'armée de Mayence | Torfou |
| 17 octobre 1793 | Défaite de l'Armée catholique et royale | Cholet |
| 18 octobre - 23 décembre 1793 | Virée de Galerne, jusqu'au désastre final | De la Loire à Granville, puis Le Mans et Savenay |
| Janvier à mai 1794 | Colonnes infernales de Turreau | Toute la Vendée militaire |
| 28 février 1794 | Massacre des habitants | Les Lucs-sur-Boulogne |
| 17 février 1795 | Paix de La Jaunaye signée par Charette | Près de Nantes |
| 25 février et 29 mars 1796 | Exécutions de Stofflet puis de Charette | Angers, Nantes |
Des soulèvements plus courts éclatent encore en 1799, en 1815 pendant les Cent-Jours et en 1832 avec la duchesse de Berry, sans retrouver l'ampleur de 1793.
Les chefs de la guerre de Vendée
Cathelineau, le « saint de l'Anjou »
Jacques Cathelineau, colporteur du Pin-en-Mauges, est le premier généralissime de l'Armée catholique et royale, élu en juin 1793. Blessé devant Nantes le 29 juin, il meurt le 14 juillet à Saint-Florent-le-Vieil.
Bonchamps, d'Elbée, La Rochejaquelein, Stofflet
Charles de Bonchamps, ancien officier, meurt après Cholet en ayant fait grâce aux prisonniers républicains. Son tombeau, sculpté par David d'Angers, se trouve dans l'abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil. Maurice d'Elbée, blessé à Cholet, est fusillé à Noirmoutier le 6 janvier 1794. Henri de La Rochejaquelein, généralissime à 21 ans, est tué le 28 janvier 1794. Jean-Nicolas Stofflet tient les Mauges jusqu'à son exécution en 1796.
Charette, le dernier chef
Ancien officier de marine, François-Athanase Charette de La Contrie mène la guerre dans le Marais breton et le bas Poitou. Son parcours, de la paix de La Jaunaye à sa capture, est raconté dans notre portrait du général Charette.
Colonnes infernales et débat sur la mémoire
Après la Virée de Galerne, la Convention veut en finir. De janvier à mai 1794, le général Turreau lance douze colonnes à travers la Vendée militaire. Elles incendient les bourgs, les fermes et les récoltes, et tuent de nombreux civils. Aux Lucs-sur-Boulogne, le 28 février 1794, plusieurs centaines d'habitants sont massacrés.
Le bilan humain reste discuté. Les travaux de l'historien Jacques Hussenet estiment à environ 170 000 le nombre de morts parmi les habitants de la Vendée militaire, pour un total proche de 200 000 en comptant les républicains. Certains auteurs parlent de « génocide vendéen ». La plupart des historiens de la Révolution rejettent ce terme, tout en reconnaissant l'ampleur des massacres.
Sur les traces des guerres de Vendée
La carte ci-dessous situe les grands événements et les lieux de mémoire à visiter. Clique sur un marqueur pour afficher la date et le détail.
Carte © contributeurs OpenStreetMap, positions indicatives.
- Historial de la Vendée, aux Lucs-sur-Boulogne : le grand musée d'histoire du département, avec une large place aux guerres de Vendée. Le Mémorial, à côté, rend hommage aux victimes du 28 février 1794.
- Logis de la Chabotterie, à Saint-Sulpice-le-Verdon : le lieu de la capture de Charette, meublé comme au XVIIIe siècle. Tout est détaillé dans notre guide du Logis de la Chabotterie.
- Refuge de Grasla, aux Brouzils : un village forestier reconstitué, là où des familles se sont cachées en 1794.
- Saint-Florent-le-Vieil : l'abbatiale et le tombeau de Bonchamps, au-dessus de la Loire.
- Mont des Alouettes, aux Herbiers : selon la tradition, les meuniers orientaient les ailes des moulins à vent pour signaler les mouvements des Bleus.
Préparer ta visite
L'Historial et le Logis de la Chabotterie sont gérés par le Département de la Vendée : horaires et tarifs varient selon la saison, vérifie-les sur vendee.fr avant de partir. Les trois sites (Historial, Chabotterie, Grasla) se trouvent à moins de 20 km les uns des autres, faciles à combiner en une journée.
Pour une approche en spectacle, le Puy du Fou, aux Epesses, met en scène plusieurs épisodes de la guerre, à quelques kilomètres du Mont des Alouettes.
Questions fréquentes sur la guerre de Vendée
Quelle est la cause de la guerre de Vendée ?
L'étincelle est la levée de 300 000 hommes décidée fin février 1793 : les paysans refusent le tirage au sort. Le terrain était préparé par la Constitution civile du clergé, qui chassait les prêtres réfractaires, et par la déception face à une Révolution profitant surtout aux bourgeois des villes.
Combien de morts a fait la guerre de Vendée ?
Les estimations varient. Les travaux de l'historien Jacques Hussenet retiennent environ 170 000 morts parmi les habitants de la Vendée militaire, et un total proche de 200 000 morts en comptant les soldats républicains. Les colonnes infernales de 1794 ont fait une grande partie des victimes civiles.
Qui a gagné la guerre de Vendée ?
La République. L'Armée catholique et royale est détruite fin 1793 pendant la Virée de Galerne, puis les derniers chefs, Stofflet et Charette, sont fusillés en 1796. La pacification de 1800, sous Bonaparte, rend toutefois la liberté de culte aux catholiques de l'Ouest.
Quand a eu lieu la guerre de Vendée ?
La guerre de Vendée commence les 11 et 12 mars 1793 et ses grandes opérations s'achèvent avec l'exécution de Charette, le 29 mars 1796. Des soulèvements plus courts reprennent ensuite en 1799, en 1815 et en 1832.
Tu l'as vu, la guerre de Vendée se lit encore dans le paysage du bocage : calvaires, chapelles, noms de chemins. Pour la comprendre sur place, commence par l'Historial des Lucs-sur-Boulogne, puis enchaîne avec la Chabotterie et le refuge de Grasla dans la même journée.
Autre trait de l'identité vendéenne, plus léger : le surnom de « ventres-à-choux » donné aux habitants.
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