Le 15 août 1792, à Saint-Ouën-des-Toits, en Mayenne, des paysans se soulèvent contre l'enrôlement de volontaires pour les armées de la République. Parmi eux, Jean Cottereau, un ancien faux-saunier (contrebandier de sel) que tout le pays surnomme « Chouan ». L'histoire des Chouans commence là, au nord de la Loire, et non en Vendée. Chouans et Vendéens ont combattu la même République, au même moment, mais ce ne sont pas les mêmes insurgés. Voici qui étaient les Chouans, ce qui les distingue de l'insurrection vendéenne et où retrouver leurs traces aujourd'hui.
Chouans ou Vendéens ?
La chouannerie naît au nord de la Loire (Maine, Bretagne, Normandie) et prend la forme d'une guérilla de petites bandes. L'insurrection vendéenne éclate en mars 1793 au sud de la Loire, dans la « Vendée militaire », avec de véritables armées. Les deux mouvements se rejoignent à l'automne 1793, pendant la Virée de Galerne.
Qui étaient les Chouans ?
Les Chouans sont les insurgés royalistes et catholiques de l'Ouest, au nord de la Loire, entre 1792 et 1800. On les trouve en Mayenne, dans la Sarthe, en Ille-et-Vilaine, dans le Morbihan, dans les Côtes-d'Armor et en Normandie. Ce sont surtout des paysans, des artisans et d'anciens faux-sauniers, parfois encadrés par des nobles ou d'anciens soldats.
Leurs raisons ressemblent à celles des Vendéens. Ils défendent les prêtres réfractaires, ceux qui refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Ils rejettent les levées d'hommes pour l'armée et se méfient des nouvelles autorités installées dans les villes.
D'où vient le nom « chouan » ?
« Chouan » est d'abord le surnom de la famille Cottereau. Dans le parler du Maine, le mot désigne le chat-huant, c'est-à-dire la chouette hulotte. La tradition raconte que les insurgés imitaient son cri pour se reconnaître la nuit. Le surnom de Jean et de ses frères s'étend ensuite à tous les rebelles du Maine, de Bretagne et de Normandie.
Une guérilla de bandes locales
Les Chouans ne forment pas une grande armée. Chaque paroisse ou canton a sa bande, qui connaît chaque chemin creux et chaque haie. Ils attaquent un convoi, un poste isolé ou une diligence, puis disparaissent dans les bois et les fermes. Cette guérilla use les troupes républicaines pendant des années, sans jamais tenir une ville longtemps.
Chouans et Vendéens : quelle différence ?
La confusion vient de l'époque elle-même. Les républicains appellent tous les insurgés de l'Ouest des « brigands », et le mot « chouan » finit par désigner n'importe quel rebelle royaliste. Pourtant, la chouannerie et les guerres de Vendée ont chacune leur territoire, leurs chefs et leur façon de se battre.
| Critère | Chouannerie | Insurrection vendéenne |
|---|---|---|
| Territoire | Nord de la Loire : Maine, Bretagne, Normandie | Sud de la Loire : Vendée, Mauges, sud de la Loire-Atlantique, nord des Deux-Sèvres |
| Début | 1792, puis surtout 1793-1794 | Mars 1793, contre la levée de 300 000 hommes |
| Façon de combattre | Guérilla de petites bandes | Grandes armées (Armée catholique et royale), puis guérilla |
| Chefs connus | Jean Chouan, Georges Cadoudal, Joseph de Puisaye, Louis de Frotté | Cathelineau, d'Elbée, Bonchamps, La Rochejaquelein, Charette, Stofflet |
| Fin | Pacification de 1800, reprises en 1815 et 1832 | 1796, avec les exécutions de Stofflet et de Charette |
En résumé, un Vendéen de 1793 n'est pas un Chouan, même si les deux se battent pour « Dieu et le Roi ». Parler des « Chouans de Vendée » est un raccourci courant, mais historiquement inexact.
La Virée de Galerne, quand Chouans et Vendéens se rejoignent
Le 17 octobre 1793, l'armée vendéenne est battue à Cholet. Le lendemain, des dizaines de milliers de combattants, de femmes et d'enfants franchissent la Loire à Saint-Florent-le-Vieil. Ils espèrent soulever la Bretagne et le Maine, et recevoir l'aide des Anglais par la mer.
Pendant cette marche vers le nord, appelée Virée de Galerne (la galerne est le vent du nord-ouest), des Chouans rejoignent les Vendéens, dont Jean Chouan lui-même. La colonne échoue devant Granville à la mi-novembre, reflue vers la Loire, puis est écrasée au Mans les 12 et 13 décembre et à Savenay le 23 décembre 1793. Les survivants dispersés au nord de la Loire grossissent ensuite les rangs de la chouannerie.
Les grandes dates de la chouannerie
- 15 août 1792 : émeute de Saint-Ouën-des-Toits, avec Jean Cottereau et ses frères.
- Octobre à décembre 1793 : Virée de Galerne, Chouans et Vendéens combattent ensemble.
- Juillet 1794 : Jean Chouan meurt de ses blessures dans le bois de Misedon, en Mayenne.
- 20 avril 1795 : accords de La Mabilais, près de Rennes, une trêve de courte durée.
- Juin-juillet 1795 : débarquement d'émigrés à Quiberon, écrasé par le général Hoche.
- 1799-1800 : dernière grande chouannerie, puis pacification négociée avec Bonaparte.
- 25 juin 1804 : Georges Cadoudal est guillotiné à Paris.
- 1815 et 1832 : nouvelles prises d'armes, courtes, pendant les Cent-Jours puis avec la duchesse de Berry.
Les figures de la chouannerie
Jean Chouan, le premier nom
Jean Cottereau naît le 30 octobre 1757 à Saint-Berthevin, en Mayenne. Sa famille vit à la Closerie des Poiriers, une ferme entre Saint-Ouën-des-Toits et Bourgneuf-la-Forêt. Faux-saunier dans sa jeunesse, il connaît tous les sentiers du pays. Il ne commande jamais une grande armée, mais son surnom devient celui de tout un mouvement.
Georges Cadoudal, le chef breton
Né en 1771 près d'Auray, dans le Morbihan, Georges Cadoudal devient le principal chef chouan de Bretagne. Il échappe au désastre de Quiberon, reprend les armes en 1799 et refuse de se rallier à Bonaparte. Arrêté à Paris après un complot contre le Premier consul, il est exécuté en 1804.
Et Charette ?
Le général Charette n'est pas un Chouan : c'est un chef vendéen, qui mène la guerre dans le Marais breton et le bas Poitou. Il est capturé le 23 mars 1796 près du Logis de la Chabotterie, puis fusillé à Nantes le 29 mars.
Où marcher sur les traces des Chouans et des Vendéens ?
Au nord de la Loire, le pays des Chouans
- Musée Jean Chouan, à Saint-Ouën-des-Toits (Mayenne) : la Closerie des Poiriers, maison de la famille Cottereau, est un musée depuis 1989 (site de la commune).
- Musée de la Chouannerie, à Plouharnel (Morbihan) : installé dans un bunker de 1941 à l'entrée de la presqu'île de Quiberon, il retrace les guerres de l'Ouest de 1793 à 1832.
- Chartreuse d'Auray et Champ des Martyrs, à Brec'h (Morbihan) : les lieux de mémoire des émigrés et des chouans fusillés après Quiberon.
Au sud de la Loire, en Vendée
- Historial de la Vendée, aux Lucs-sur-Boulogne : le grand musée d'histoire du département, avec une large place aux guerres de Vendée.
- Logis de la Chabotterie, à Saint-Sulpice-le-Verdon : le lieu de la capture de Charette.
- Refuge de Grasla, aux Brouzils : la forêt où des familles vendéennes se sont cachées en 1794.
- Mont des Alouettes, près des Herbiers : selon la tradition, les meuniers y orientaient les ailes des moulins de Vendée pour signaler les mouvements des troupes républicaines.
Bon à savoir avant ta visite
Le musée de la Chouannerie de Plouharnel ouvre du lundi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, le dimanche de 14 h à 18 h (tarif 2025 : 9 € adulte, 7 € de 12 à 18 ans, gratuit avant 12 ans). La plupart de ces sites réduisent leurs horaires l'hiver : vérifie toujours auprès du site avant de partir.
Pour une approche en spectacle, le Puy du Fou met en scène plusieurs épisodes des guerres de Vendée.
Ce que les Chouans ont laissé
La chouannerie entre dans la littérature dès 1829 avec Le Dernier Chouan, le premier roman que Balzac signe de son nom, réédité plus tard sous le titre Les Chouans. Le souvenir reste aussi dans le paysage : chemins, croix et calvaires rappellent ces années dans le Maine et en Bretagne.
Retenir l'histoire des Chouans, c'est surtout distinguer deux soulèvements voisins : la guérilla du nord de la Loire et la guerre vendéenne du sud. Si tu passes par la Vendée, commence par l'Historial et la Chabotterie. Monte ensuite au Mont des Alouettes, où les moulins racontent à leur façon cette histoire.
Questions fréquentes sur les Chouans
Qui étaient les Chouans ?
Les Chouans étaient des insurgés royalistes et catholiques de l'Ouest, au nord de la Loire, actifs de 1792 à 1800. Paysans, artisans ou anciens faux-sauniers, ils menaient une guérilla contre la République en Mayenne, en Bretagne et en Normandie, organisés en petites bandes locales.
Quelle est la différence entre les Chouans et les Vendéens ?
La chouannerie se déroule au nord de la Loire, sous forme de guérilla. L'insurrection vendéenne éclate en mars 1793 au sud de la Loire, avec de grandes armées comme l'Armée catholique et royale. Les deux mouvements se rejoignent pendant la Virée de Galerne, à l'automne 1793.
Pourquoi les appelle-t-on les Chouans ?
Le nom vient du surnom de Jean Cottereau, dit Jean Chouan, et de sa famille. Dans le parler du Maine, « chouan » désigne le chat-huant. Selon la tradition, les insurgés imitaient son cri pour se reconnaître la nuit.
Qui était le chef des Chouans ?
La chouannerie n'avait pas de chef unique. Jean Chouan lui a donné son nom en Mayenne, Georges Cadoudal a dirigé les Chouans du Morbihan, Joseph de Puisaye a tenté de les unir en Bretagne et Louis de Frotté a commandé en Normandie.
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